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Plus on grimpe les échelons plus on a d’horizon

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Il y a quelques mois j’ai été choquée de réaliser que non seulement le directeur commercial de ma compagnie ainsi que son père (le gérant) n’avaient aucune notion sur un gros projet d’ingénierie que nous avions, mais surtout qu’ils n’avaient absolument pas l’intention de mettre leur nez dedans et comptaient complètement sur moi pour le comprendre, prendre les décisions quasi unilatéralement et ainsi être probablement le fusible parfait à faire sauter s’il y avait un problème.

Je vais détailler plus en détail le projet en question mais je veux d’abord souligner à quel point ma consternation était accentuée par l’exemple tout à fait opposé que j’ai eu dans ma compagnie précédente, une très grosse entreprise, où les dirigeants s’appliquaient à soutenir précisément les employés quand leurs démarches les amenaient sur des terrains inconnus et complexes.

Je travaillais alors en tant que responsable commerciale pour des boutiques de mode et couvraient plusieurs comptes clés dans plusieurs pays. Lorsqu’il s’est agit d’ouvrir des boutiques en zone Duty Free en Russie on a réalisé qu’il y aurait des complications sur l’importation du merchandising ou de tout autre élément décoratif qui ne serait pas revendu sur place. Lors des réunions hebdomadaires où nous faisions tous part de nos avancées auprès de notre hiérarchie, il est apparu de plus en plus évident que je n’avais pas les capacités (ni l’ambition d’ailleurs) de comprendre ou gérer seule les questions fiscales, légales ou contractuelles liées à cette problématique. Le sujet est alors remonté d’un ou deux crans dans la hiérarchie pour que je vois finalement une équipe spécialisée se mettre en place et m’accompagner dans mon calendrier de suivi client hebdomadaire. Le projet n’a donc pas pris de retard, les risques ont été anticipés et ainsi gérés au mieux, la démonstration de nos ressources et notre réactivité a été faite auprès du client et finalement les équipes légales ont appris sur la partie commerciale au même titre que j’ai appris des équipes légales. En somme tout a été réglé d’une main de maître, et ce grâce à une notification claire de ma part et à une prise en charge efficace de mes N+2 qui ont su déployer les moyens nécessaires.

A contrario, l’exemple ABCel… Lorsque je suis arrivée en juin 2018 une spiraleuse avait été achetée pour être acheminée sur le site de production en Afrique du Nord. Une spiraleuse est tout bonnement la machine qui permet de réaliser les boites de sel en carton spiralisé. Ou les boites de Pringles par exemple, aussi. C’est une machine conséquente, à plusieurs centaines de milliers d’euros. On m’a chargé de reprendre contact avec des fournisseurs de papier pour effectuer les tests sur la machine avant qu’elle ne quitte son pays de production pour aller sur notre usine. J’ai vite compris que mes dirigeants n’avaient pas la moindre idée des spécificités des matières premières requises et ai fait le lien entre le fournisseur de la spiraleuse et différents fournisseurs, de papier entre autres. Lorsque les tests furent achevés et la spiraleuse en route pour notre usine on s’est rendu compte que le fournisseur de papier devrait être changé. Celui pour l’étiquette aussi d’ailleurs. Il faudra que j’écrive un post prochainement sur les relations désastreuses de ma compagnie avec leurs fournisseurs…

Il faut savoir à ce stade, et pour notre culture générale à tous, que les fournisseurs de papier sont de plus en plus rare en Europe, que leurs calendriers de commande sont très remplis, bref que le papier (qui est heureusement 100% recyclé pour ce genre de projet) se fait rare. Ayant réussi à trouver les 3 derniers, allemand et italiens, qui pouvaient éventuellement encore nous aider j’étais en ligne avec tout un tas d’ingénieurs qui essayaient de faire correspondre leur papier avec notre machine. Ils me parlaient de taux d’humidité, de substance, d’index d’épaisseur, de Ply-Bond (qui se mesure en J/m2), de Bursting Index… Et au final ils avaient besoin de parler 1/à un ingénieur qui puisse expliquer les spécificités de notre machine et de notre projet, 2/ à quelqu’un qui puisse entendre qu’ils voulaient bien envoyer des échantillons mais que nous devrions conduire à nouveau des tests pour nous assurer de la conformité des produits avant de passer une commande énorme. Bref, que du bon sens!

Et beh je me suis fait dézinguée par le gérant! Le fils n’a jamais pris la peine de répondre à un quelconque email, pendant que le père me disait : « Mais enfin mais creusez un peu!! mais on ne va quand même pas perdre du temps à refaire des tests! Mais résolvez les problèmes au lieu de les poser là! »… C’était mal me connaître que d’imaginer me faire perdre mon sens des responsabilités, alors j’ai simplement répondu qu’à moins qu’ils ne décident de me former sur ces questions, ma mission n’avait absolument rien à voir avec ces sujets. Le gérant est alors allé rendre visite au fournisseur qui me paraissait le plus adapté et il a pris ses responsabilités et a accepté de recevoir une livraison de papiers à tester.

Il n’a en fait jamais grimpé d’échelons… Il s’efforce juste de caser des employés sous ses ordres pour se grandir. C’est bien différent.

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