Ressources Humaines

Ils auraient quand même pu…!

Jordan a été embauché en novembre 2018 en tant que Commercial BtoB, salaire minimum légal, CDI avec une période d’essai de trois mois renouvelable une fois. Par contre il y avait des commissions très intéressantes sur les ventes, quel commercial ne serait pas intéressé par ce genre de rémunération, hein? Notre usine n’était pas encore prête mais il pouvait bien déjà se créer un carnet d’adresse, évaluer le marché potentiel, comprendre quels prix se pratiquaient selon les types de sel (déneigement, sel de tannerie, pour l’industrie etc) et avoir des commandes prêtes à être honorées dès que l’usine tournerait.

Un téléphone et une voiture de fonction furent mis à sa disposition, il couvrait l’ouest de la France et était plein d’entrain pendant les premières semaines. Très rapidement les premiers contacts étaient pris, les premiers intérêts éveillés et les prospects demandaient alors à recevoir les fiches techniques de nos produits ainsi que des échantillons. Mais autant Jordan pouvait envoyer les fiches techniques que notre géologue avait scrupuleusement copié sur nos concurrents, autant on était bien incapable de lui fournir des échantillons.

A noter que lors de son embauche en novembre on lui avait dit que les premières livraisons seraient prêtes en février, puis en janvier on lui a dit que finalement ce serait plutôt avril, puis en mars on lui a dit que finalement ça serait plutôt juin. Je n’ai moi-même compris que début mars, lors d’un meeting, que notre usine en Afrique du Nord en était au stade où on allait couler le béton dans les fondations, que seule la moitié de la machinerie fort complexe et spécifique était déjà commandée et, sans aucune formation d’ingénieur à mon actif, je n’avais aucun doute qu’encore de longs mois seraient nécessaires avant que l’on puisse exporter le produit fini.

Finalement, le temps passant, le père et/ou le fils ont dû réaliser qu’avoir un commercial ces jours-ci n’avait aucun sens. En février la période d’essai de Jordan avait été renouvelée. Vendredi dernier, je fus commissionnée pour prévenir Jordan que l’on mettait fin à sa période d’essai, lui demander de venir lundi rendre téléphone et voiture de fonction et lui promettre que le jour où on aurait du sel à vendre nous l’appellerions si nous avions besoin d’un commercial et s’il était toujours sans emploi. Chose faite, je prévenais notre comptable (d’un cabinet comptable extérieur) et elle m’informa alors que Jordan étant resté plus d’un mois en période d’essai dans notre entreprise il bénéficiait d’un mois de prévenance. Qu’il travaille pendant ce mois-ci ou non, il devait en tout cas être rémunéré.

Lorsque j’en informais Karim il me répondit comme si je lui avais fait une proposition commerciale. « Ah non non, merci, nous ne souhaitons pas payer un mois supplémentaire! Il est en période d’essai, le but est précisément de pouvoir le remercier à tout moment sans implication ». Prise de court j’insistais sur le fait que c’est la loi et que nous n’avions pas un choix dingue sur la question. Pris au vif il me dit alors que la comptable aurait quand même pu les informer qu’il y aurait un tel délai de prévenance, et qu’il était très insatisfait de ses prestations! Je pensais « mais et quoi alors? Tous les matins la comptable devrait l’appeler pour lui lire les textes de loi régissant les embauches en France? Et en quoi ça fait partie des prestations de la comptable de jouer le rôle de Ressources Humaines que l’on n’a pas? » pendant que je répondais « Bien sûr, je comprends. Que proposez-vous alors? »

Et là bim, il me sort de son chapeau ce que je devrais dire à Jordan. Il faut reconnaître qu’il ne manque ni d’inspiration ni de culot, ce qui est un vrai talent, à condition de savoir dans quel contexte l’utiliser. Ça ne colle pas à tous les coups. « S’il vous plait, Figue, expliquez à Jordan que l’on préférerait ne pas lui devoir une période de prévenance. Qu’il peut l’exiger ou accepter de s’en priver. Mais qu’il sache que s’il s’en prive ce sera un gage pour nous et nous lui assurons que nous le recontacterons si nous avons à nouveau besoin d’un commercial dans le futur ».

Épilogue: Jordan a préféré partir avec son mois de prévenance. Karim a pensé que Jordan aurait quand même pu accepter son offre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *